LibreOffice, sous l’égide de la Document Foundation, s’en prend à Microsoft sur la question du format OOXML Strict, autrefois promu comme un standard ISO. Alors que le format devait incarner l’engagement de Microsoft pour un standard ouvert, sa suppression soulève des questions cruciales sur la souveraineté numérique et l’usage des formats ouverts.
L’essentiel à retenir
- Microsoft a retiré OOXML Strict, le seul format Word conforme à la norme ISO, de ses options d’enregistrement.
- La Document Foundation accuse Microsoft de ne pas tenir ses promesses de 2008 concernant le format OOXML.
- Le débat autour des formats de documents prend une dimension politique, avec l’Allemagne adoptant ODF dans son administration.
Contexte du retrait d’OOXML Strict
En 2008, Microsoft s’était engagé à faire d’OOXML Strict un standard ISO à part entière, en remplaçant la version provisoire du format. Cependant, dix-huit ans plus tard, c’est cette version provisoire qui persiste, tandis que la version standardisée a été discrètement écartée.
La Document Foundation, qui soutient LibreOffice, a récemment publié un billet dénonçant cette situation. Selon Italo Vignoli, figure de proue de l’organisation, la suppression d’OOXML Strict des options « Enregistrer sous » de Microsoft Office est une entrave à la souveraineté numérique. Pour lui, un format propriétaire ne peut garantir l’indépendance technologique que l’ODF permettrait.
Conséquences politiques et économiques
La question des formats de documents dépasse le cadre technique et rejoint le domaine politique, notamment en Europe. L’Allemagne s’est engagée à utiliser exclusivement l’ODF dans son administration, marquant une position forte contre OOXML Transitional. Ce choix reflète une volonté de souveraineté numérique, en refusant de dépendre de formats propriétaires.
En France, bien que LibreOffice soit référencé dans le Socle Interministériel de Logiciels Libres (SILL), l’usage de Microsoft Office reste prédominant. Cela pose la question de la dépendance à un acteur majeur du marché, et de la nécessité d’une politique plus alignée sur le modèle allemand.
La position de Microsoft face à LibreOffice
Microsoft n’a pas commenté publiquement le retrait d’OOXML Strict, mais sa stratégie actuelle semble privilégier la compatibilité avec les formats les plus largement utilisés, même s’ils ne sont pas conformes aux normes ISO. Cette approche, bien qu’efficace sur le plan commercial, soulève des questions sur l’engagement de l’entreprise envers les standards ouverts.
LibreOffice, en tant que leader des suites bureautiques open source, continue de promouvoir l’ODF comme format natif. Ce choix est présenté par la Document Foundation comme une garantie de souveraineté numérique, tant sur le plan technique que juridique.
Vers un avenir avec plus de formats ouverts
Alors que les entreprises et les administrations cherchent à réduire leur dépendance aux géants de la technologie, l’adoption de formats ouverts comme l’ODF pourrait croître. Ce changement est soutenu par des arguments en faveur de l’indépendance numérique et de la transparence.
Les formats ouverts offrent la possibilité d’accéder librement aux données, sans restriction liée à la propriété intellectuelle détenue par une seule entité. Ce modèle pourrait inspirer d’autres secteurs, comme le secteur public, à reconsidérer leurs choix technologiques pour assurer une plus grande résilience numérique.
L’impact des formats ouverts sur le secteur technologique global
Le débat entre standards ouverts et formats propriétaires est significatif pour l’ensemble du secteur technologique. Avec des acteurs comme Google et Apple qui développent également leurs propres formats, l’interopérabilité et la compatibilité restent des sujets clés pour les développeurs et utilisateurs finaux.
À mesure que le paysage technologique évolue, le besoin de normes ouvertes et interopérables devient de plus en plus pressant. Les discussions autour de ces questions pourraient influencer les décisions politiques et commerciales dans un monde où la technologie joue un rôle central dans la société.